Le développement économique est le 1er pilier du développement durable

Le numérique et le développement durable sont des enjeux stratégiques. Ils conditionnent la performance, l’attractivité et la résilience des entreprises. Les collaborateurs recherchent du sens, de la cohérence et de l’authenticité. Une entreprise qui n’est pas alignée entre les messages qu’elle porte et ses actions réelles prend un véritable risque.
(Interview publiée dans "Le Memento n°563 — Juillet / Août 2026 - Propos recueillis par Delphine Todeschini".
Le Mémento : Depuis votre reprise d’Isodom en 2009, comment avez-vous vu évoluer la maturité des entreprises réunionnaises sur les sujets du numérique et de l’environnement ?
YB : Dans les deux cas, nous sommes passés de sujets techniques à des démarches beaucoup plus stratégiques. Historiquement, nous travaillions avec des interlocuteurs opérationnels confrontés à des problématiques très concrètes. Aujourd’hui, ces sujets sont portés directement par les décideurs. Le numérique est devenu un actif stratégique pour les organisations. La RSE suit la même trajectoire. Désormais, nous sommes sollicités pour accompagner des réflexions très globales.
Le Mémento : Ces deux piliers (Environnement et RSE) sont-ils indissociables ?
YB : Ils peuvent exister indépendamment l’un de l’autre, mais se rejoignent de plus en plus. Le numérique pose aujourd’hui une véritable question environnementale. Son impact augmente continuellement, notamment avec le développement de l’IA. Mais le numérique est aussi une partie de la solution et de nombreuses innovations environnementales reposent sur des outils digitaux. On parle de Green IT pour désigner les efforts visant à réduire l’impact environnemental du numérique, et de Green Tech lorsque le numérique devient un levier au service des solutions environnementales. Les deux approches sont complémentaires.
Le Mémento : Vous êtes engagé au sein de Numéum et figurez parmi les ambassadeurs « Osez l’IA » à La Réunion. Que recouvrent ces missions ?
YB : Numéum est l’organisation représentative de la filière numérique. Son rôle consiste à structurer, fédérer et accompagner un secteur stratégique pour l’économie. La Réunion occupe une place particulière puisque le modèle local sert d’expérimentation à un éventuel déploiement ultramarin. Concernant « Osez l’IA », il s’agit d’une initiative portée par l’État autour de trois axes : sensibiliser, former et accompagner les entreprises. Les ambassadeurs interviennent principalement sur la première étape pour permettre aux dirigeants de mieux comprendre les opportunités et les enjeux associés aux technologies.
Le Mémento : Vous êtes également vice-président de Green Réunion. Quel rôle joue ce cluster ?
YB : Green Réunion est né de la volonté de rassembler les pionniers du développement durable sur le territoire. Au fil des ans, le réseau s’est élargi à toutes les entreprises souhaitant engager ou structurer leur démarche RSE. L’objectif est de favoriser le partage d’expériences et de bonnes pratiques. Les entreprises sont confrontées aux mêmes interrogations et peuvent apprendre les unes des autres. C’est dans cet esprit qu’a été créé le label Efficiency qui s’appuie sur le référentiel ISO 26000, tout en étant adapté aux réalités réunionnaises. Il permet aux entreprises de faire reconnaître leurs engagements et de disposer d’un cadre structurant pour progresser.
Le Mémento : Vous avez récemment intégré le conseil d’administration du Pacte mondial de l’ONU-Réseau France. Que représente cette nomination ?
YB : Elle s’inscrit dans la continuité des démarches que nous accompagnons déjà autour de la RSE. Les référentiels nationaux et internationaux proposent une approche globale très exigeante. Le Pacte mondial apporte une dimension complémentaire grâce aux Objectifs de Développement Durable des Nations unies. L’un des principaux intérêts des 17 ODD est qu’ils permettent aux entreprises de définir leurs priorités. Une organisation peut choisir les enjeux sur lesquels elle souhaite concentrer ses efforts, qu’ils soient sociaux, environnementaux, liés à la gouvernance ou à l’éthique des affaires. La démarche peut ensuite évoluer à mesure que l’entreprise gagne en maturité. L’autre force du Pacte mondial réside dans son caractère international. Pour les entreprises réunionnaises qui travaillent avec des partenaires situés hors du territoire, les ODD constituent un langage commun et un cadre de référence reconnu. Ils facilitent la reconnaissance des engagements et contribuent à renforcer la confiance au sein des chaînes de valeur.
Le Mémento : On parle aujourd’hui davantage de RSE que d’environnement ou de QSE. Qu’est-ce que cela change concrètement pour les entreprises ?
YB : Le principal changement est probablement l’élargissement du regard porté sur la performance. On réduit encore trop souvent la RSE aux questions environnementales ou au carbone. Pourtant, les dimensions humaines et de gouvernance sont tout aussi importantes. Les sujets liés à la qualité de vie au travail, à la santé, à la sécurité ou encore à la gouvernance prennent aujourd’hui une place centrale. L’enjeu est désormais de démontrer le lien entre engagement RSE et performance globale de l’entreprise. Nous avons connu une période où certaines démarches étaient engagées, d’abord par obligation puis par conviction. Aujourd’hui, il faut être capable d’établir un lien factuel entre ces engagements et la performance économique. Je dis souvent que le premier pilier du développement durable est le développement économique. Une entreprise reste une entreprise. Si nous voulons accélérer les transformations, nous devons démontrer la valeur créée. Sur certains sujets, la démonstration est simple. Lorsqu’une entreprise réduit sa consommation énergétique, l’impact est visible sur ses factures. Sur les sujets humains, les effets sont parfois moins immédiats mais tout aussi réels. Investir dans les compétences, la QVT ou la marque employeur agit directement sur l’attractivité de l’entreprise. Aujourd’hui, ce sont davantage les candidats qui choisissent l’entreprise que l’inverse. L’absentéisme coûte cher, les accidents du travail aussi, sans parler du départ d’un talent vers la concurrence. À l’inverse, un collectif engagé constitue un véritable levier de performance.
Le Mémento : Si vous deviez identifier une priorité absolue pour faire de La Réunion un territoire exemplaire, laquelle choisiriez-vous ?
YB : La question des déplacements est aujourd’hui incontournable. Dans le monde économique, il ne se passe pas une journée sans que les difficultés liées à la mobilité soient évoquées. Nous ne disposons pas encore de données suffisamment documentées sur le sujet, mais je suis convaincu que les heures perdues dans les transports et la fatigue qu’elles génèrent ont un coût économique important pour le territoire. Cela pèse sur la qualité de vie, mais aussi sur l’accès à l’emploi, le recrutement et l’organisation des entreprises. La mobilité est un sujet complexe qui ne se résoudra pas d’un coup de baguette magique, mais c’est aujourd’hui un enjeu économique majeur pour La Réunion.
Le Mémento : Vous cumulez de nombreuses responsabilités. Comment parvenez-vous à préserver votre équilibre ?
YB : Cela repose d’abord sur les équipes qui m’entourent. Isodom est une entreprise mature et structurée, ce qui me permet de mener mes différents engagements tout en poursuivant le développement du groupe, notamment à l’international. Je ne pourrais pas le faire sans cette confiance et cette autonomie. Sur le plan personnel, je dirai simplement que mes week-ends ne ressemblent absolument pas à mes semaines ! Ces temps de respiration sont essentiels pour prendre du recul et conserver l’énergie nécessaire aux responsabilités du quotidien.
(c) Crédit photos : Le Memento - Sonia Delecourt.




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